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Fabien Soyez

Fabien Soyez
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Journaliste (papier, web).

> Débrouillard, curieux, polyvalent et sachant travailler dans l'urgence, j'aime le terrain, la proximité, aller à la rencontre des autres.

> Diplômé de l'EJT depuis septembre 2012, je suis à la recherche de piges, collaborations, CDD, CDI.

> Mes spécialités sont les nouvelles technologies (actu high-tech, internet) et le social (logement, immigration, Économie Sociale et Solidaire (ESS)).
> Mes genres journalistiques de prédilection : l'enquête, le reportage et surtout le portrait.

> Je reste passionné par le développement de la presse en ligne, et mon objectif est de travailler à la fois sur le web et sur le papier.

> Je possède une solide expérience de la presse print locale et nationale (Libération, La Voix du Nord), et de la presse en ligne (OWNI, Ecrans.fr, Le Figaro.fr).

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Fabien Soyez

Le journalisme, c'est le contact et la distance. (Hubert Beuve-Méry)

Comment sécuriser en 10 étapes votre vie numérique

23/08/2012

[Article paru sur le site du Figaro, le 20 août 2012]

Tout cela peut vous paraître fastidieux, lourd, long, difficile et inutile. Détrompez-vous. Et combien même vous aurez suivi à la lettre ces recommandations, n’oubliez-pas que les mots de passe doivent être complexes et changés régulièrement, et que tout dépend aussi de votre façon d’agir sur le Web.

Pour évaluer si oui ou non votre mot de passe est difficile à hacker, rendez-vous sur PasswordMeter.

Fabien.

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Début août, Mat Honan, journaliste américain, s’est fait pirater. Il a perdu le contrôle de ses comptes et a vu toutes les données de son ordinateur supprimées. Pour vous éviter de vivre ce cauchemar, voici dix conseils qui font consensus et qui vous permettront de sécuriser votre «vie numérique».

Utilisez des mots de passe complexes

«Incroyable, mais beaucoup de gens utilisent encore des mots de passe comme “123456”», assure Pierre-Eric Jacoupy, de Microsoft France. Plus votre mot de passe sera complexe et long (12 caractères au minimum), plus il sera difficile à un hackeur de le «craquer». Utilisez des caractères spéciaux, des majuscules, des minuscules et des chiffres.

Changez de mots de passe régulièrement, tous les trois mois. Evitez de les noter quelque part et privilégiez les moyens mnémotechniques. Si vous avez peur de les oublier, reste la solution du «coffre-fort de mots de passe», comme KeePass (ou KeepassX pour Mac et Linux). Le logiciel Dashlanegénérera pour vous des mots de passe compliqués et uniques, qu’il conservera et se chargera de saisir automatiquement dans les formulaires lors de vos navigations sur le Web.

Ne mettez pas tous les œufs dans le même panier

Si, par facilité, vous utilisez le même mot de passe pour chacun de vos comptes, et a fortiori le même e-mail, vous courez le risque de perdre un jour toutes vos données, comme Mat Honan. Utilisez des mots de passe (et des adresses e-mails) différents selon le service que vous utilisez. Si le hackeur parvient à «casser» votre mot de passe, il ne pourra aller plus loin. Ne liez pas non plus vos comptes entre eux.

Limitez les informations personnelles diffusées en ligne

Votre mot de passe peut être facile à deviner pour un pirate informatique s’il se réfère à des informations personnelles, comme votre date de naissance, le nom de votre fils ou de votre conjoint. Ne reliez donc pas vos mots de passe avec des éléments personnels, et faites attention aux informations que vous diffusez sur Internet, susceptibles d’aider un hackeur à vous pirater.

La validation en deux étapes, une double sécurité

Depuis quelques mois, Google et Facebook permettent de se connecter en deux étapes. Avec cette option, vous devrez entrer à chaque connexion votre nom d’utilisateur, votre mot de passe, mais aussi un code spécial que le service vous envoie par SMS ou message vocal sur votre smartphone. Cela peut sembler fastidieux, mais ce système de vérification en deux étapes ferme la porte aux hackeurs.

Sécurisez vos communications électroniques

Lorsque vous envoyez un e-mail, faites attention à ce que le protocole de sécurisation des échanges sur Internet, le SSL (Secure Sockets Layer), soit utilisé. Le SSL «chiffre» ou «crypte» vos e-mails. Il est possible de distinguer une connexion SSL d’une connexion normale: au lieu de commencer par «http», l’adresse commence par la formule «https».

La plupart des fournisseurs de services de courriel offrent un accès sécurisé automatique, mais un logiciel de chiffrement des e-mails, comme Pretty Good Privacy, peut renforcer cette sécurité.

Si vous utilisez un service de messagerie instantanée, comme Skype ou MSN Messenger, rendez vos conversations confidentielles en utilisant un programme multiplateforme, comme Pidgin. Installez le module (plugin) Off-the-Record, qui chiffrera vos discussions.

Chiffrez vos données

Le mot de passe de votre ordinateur est une illusion. «Un pirate peut extraire votre disque dur et le monter comme un disque externe pour récupérer vos données», explique un expert en sécurité informatique, connu sous le pseudonyme de Bluetouff. D’où l’intérêt de crypter vos données: «Elles seront illisibles pour toute autre personne que vous», ajoute Bluetouff. Pour chiffrer vos données, créez un espace sécurisé, par exemple via TrueCrypt. Ce logiciel gratuit crée une partition chiffrée, autrement dit un disque virtuel où tout ce que vous stockerez sera crypté.

Chiffrez aussi les données que vous stockez sur «le nuage», c’est-à-dire sur un compte Google DriveiCloud ou Dropbox. La fiabilité du cloud computingreste en effet l’objet des doutes de certaines entreprises, ainsi que de Steve Wozniak, cofondateur d’Apple, qui a récemment critiqué ce système de stockage en ligne.

Smartphones: réduisez le surf

Selon Bluetouff, «la sécurisation sur un téléphone portable est également une illusion». Votre code pin peut être facilement «cassé» par des logiciels de hackeurs et les données que vous échangez sur Internet via votre téléphone sont rarement chiffrées. Il ne vous reste qu’à réduire votre surf via un smartphone. Au pire, assurez-vous au moins de bien désactiver les canaux Bluetooth et Wi-Fi (wireless Internet) si vous ne les utilisez pas.

Utilisez un réseau privé virtuel

Les réseaux Wi-Fi sont très facilement piratables, en particulier lorsque vous vous connectez depuis un lieu public. Un bon moyen de se prémunir des hackeurs reste le surf anonyme, via un VPN, ou réseau privé virtuel.

Ce système permet de chiffrer intégralement votre connexion. En modifiant votre adresse IP via des serveurs proxys situés à l’étranger, votre connexion devient anonyme. Le but n’est pas ici d’utiliser un VPN à des fins illicites, mais de sécuriser sa connexion, et donc ses données. En surfant via un réseau privé virtuel, personne ne pourra collecter vos informations. Privilégiez les VPN payants, comme Toonux VPN ou Strong VPN. Evitez les gratuits, moins fiables. Freedom-IP est considéré comme le VPN gratuit de référence.

Protégez votre ordinateur

Assurez-vous que votre ordinateur est bien protégé contre les chevaux de Troie et autres programmes malveillants. Assurez-vous d’avoir un antivirus, gratuit comme Avast, ou payant comme BitDefender, mais aussi un pare-feu(firewall) qui filtrera les données de votre connexion Internet. Les dernières versions de Windows incluent un pare-feu intégré. Mais n’hésitez pas à installer aussi un pare-feu supplémentaire, tel que Comodo Firewall. Luttez aussi contre les logiciels espions. Ces “mouchards” ont accès à vos historiques de navigation et rendent votre système vulnérable aux attaques. Vous pouvez installer un logiciel antimouchard, comme Spybot.

Sauvegardez vos données

Au cas où un pirate parviendrait malgré tous vos efforts à supprimer vos données, il est important de les sauvegarder, régulièrement, sur plusieurs supports. Mat Honan reconnaît que s’il l’avait fait, il n’aurait pas perdu de documents importants. Créez une copie de sauvegarde complète de tous les documents qui se trouvent sur votre ordinateur à l’aide d’un programme comme Cobian Backup. Sauvegardez vos données sur des disques durs externes, des clés USB ou des DVD.


Microsoft et la police de New York sur le chemin de « précrime »

11/08/2012

La police de New York et la firme de Redmond ont développé un système de «prévention du crime» et de contre-terrorisme. Objectif : surveiller les rues tout en accédant à des données sur d’éventuels criminels. De quoi révolter les défenseurs de la vie privée.

Microsoft et la police de New York (NYPD), ensemble contre le crime et le terrorisme. Le «Domain Awareness System» (DAS), lancé mercredi et développé conjointement, «devrait permettre aux policiers d’accéder plus vite à une information pertinente», explique Michael Bloomberg, maire de New York. Objectif de cet investissement de 40 millions de dollars: «empêcher les crimes de se produire».

Le DAS, présenté avant tout comme un outil de contre-terrorisme, «agrège et analyse les données de sécurité publique en temps réel». Il exploite les caméras de surveillance de la ville et les appels au 911 (le numéro d’urgence américain). Il utilise une centaine de lecteurs de plaques d’immatriculation et s’appuie sur 600 «détecteurs de radiations» radioactives. Des cartographies criminelles sont aussi analysées, afin de révéler le «mode opératoire» d’un suspect.

Grâce à ce système, les enquêteurs ont un accès instantané aux images des caméras de surveillance et peuvent quadriller une zone après avoir reçu un appel passé au 911. Ils peuvent observer en direct les images d’un suspect dans la rue, accéder à son casier judiciaire et à un historique des infractions commises dans le secteur. En outre, les enquêteurs peuvent retracer les trajets du véhicule du suspect durant les mois précédents.

Menaces pour la vie privée

Ce système de surveillance n’est pas sans poser de questions sur le respect de la vie privée. «Le DAS sera utilisé pour une application légitime de la loi ou des raisons de sécurité publique», affirme le NYPD. D’après la police de New York, aucune technologie de reconnaissance faciale n’est utilisée. Le NYPD affirme avoir institué des «lignes directrices» sur la protection de la vie privée, qui empêcheraient les policiers d’exploiter autre chose que des images prises dans des lieux publics. Selon ces «lignes directrices», la surveillance des rues se fera 24 heures sur 24, les vidéos seront conservées 30 jours, et les plaques d’immatriculation enregistrées pendant cinq ans.

«Comment pourra-t-on s’assurer que des policiers ne feront pas un usage immodéré du système, et ne surveilleront pas la population sans justification, par routine?» s’interroge Peter Eckersley, de l’Electronic Frontier Foundation(EFF), une ONG qui défend la liberté d’expression sur Internet. «Que la police décrive les images des caméras de surveillance et les lecteurs de plaques d’immatriculation comme des ‘données de sécurité publique’, c’est scandaleux. Si vous conduisez une voiture, l’historique des endroits où vous êtes allé fournit de nombreuses informations sur vous. Toutes ces informations sont susceptibles d’être utilisées un jour sans le moindre accord, ou en dehors de toute surveillance judiciaire», affirme Peter Eckersley à l’agence américaine IDG News Service. Pas de réponse du NYPD pour l’instant.

Pour l’heure, le «Domain Awareness System» est relié à quelque 3000 caméras de surveillance disposées à Manhattan. Le système devrait à terme s’étendre à la totalité des caméras new-yorkaises. Il sera proposé à la vente par Microsoft aux autres villes des États-Unis, puis du monde. La police de New York recevra 30% des rentrées découlant de la vente du système. Les 70% restants seront perçus par Microsoft, qui se targue d’être l’un des «plus importants fournisseurs au monde de solutions de sécurité intelligentes» destinées aux forces de police.

En Europe, le développement d’une technologie de contre-terrorisme similaire est prévu pour 2014. Le projet INDECT, rappelle Numerama, prévoit ainsi une surveillance généralisée et intelligente en milieu urbain, via l’utilisation de caméras de surveillance, la géolocalisation des téléphones portables et la détection de «données biométriques». Ce projet de recherche, fondé par l’Union européenne, est mené depuis 2009 par plusieurs universités à travers l’Europe. Le but d’INDECT est de détecter les menaces criminelles «de façon automatisée».


Mon premier contrôle d’identité

24/11/2011

Contre les contrôles d’identité abusifs menés par la police, le collectif “Contre le contrôle au faciès” lance une “opération SMS”, épaulée par des avocats, pour “lutter contre une dérive discriminatoire” qui aurait tendance à se banaliser.

“Je me souviens de mon premier contrôle d’identité. J’avais 13 ans, je jouais au foot avec mes copains, et soudain je me suis retrouvé la tête plaquée contre un mur… Visiblement, tout le monde à vécu ça.”

Casquette rouge sur le crâne, mais sourire imperturbable, Axiom, rappeur, lance avec ses amis du collectif “Contre le contrôle au faciès”, un cri d’alarme. “Parce que tu n’as pas la couleur ou le look qu’il faut, on te contrôle. Ce n’est pas un cliché, c’est la réalité.” Avec d’autres stars du rap, comme Soprano, Oxmo Puccino et Mac Tyer, l’artiste Lillois de 36 ans raconte, en cinq minutes, le “premier ou pire contrôle d’identité qu’il a eu a subir” dans Mon premier contrôle d’identité, une web série diffusée sur le site du collectif.

Ladji Real, le réalisateur, explique : “Tous les lundi et jeudi, à 18h, un nouvel épisode sera diffusé.” L’objectif étant ensuite “d’interroger des comédiens, sportifs ou célébrités, mais aussi la société civile, pour lancer un grand débat sur le contrôle au faciès.” Comme la plupart des rappeurs interviewés dans sa série, Ladji a “connu les controles dès le berceau”.

“Quand le contrôle n’est pas justifié, c’est toujours vécu comme une humiliation, ça provoque de la souffrance, le sentiment de pas être égal à autres personnes en raison de vos origines.”

Car ce que dénonce le collectif, c’est bien le caractère “discriminatoire”, voire “raciste”, de certains contrôles. Selon une étude du CNRS menée en 2010, les controles policiers “visent onze fois plus les jeunes, six fois plus les Noirs et huit fois plus les Arabes”, indique Gilles Sokoudjou, président de l’association Les Indivisibles, qui fait partie du collectif.

Dans son récit, Axiom raconte, avec une certaine dose d’humour, un contrôle vécu un soir où “il rentrait de Paris, avec sa BM, sa casquette sur la tête et sa copine.” “Quand on vous contrôle plusieurs fois par semaine, parfois même plusieurs fois par jour, vous finissez par avoir des automatismes, vous acceptez. Quand les policiers m’ont fait signe de stopper, j’avais déjà mes papiers dans la main”, raconte Axiom.

“J’avais les mains sur le capot, ils cherchaient quoi, je ne sais pas. Mais ma copine, blanche, qui n’a pas l’habitude des contrôles, s’est mise à protester, a insisté pour que les policiers donnent les motifs de leur contrôle. Sûrement parce qu’ils n’en avaient pas, ils sont remontés dans leur camion sans rien dire et son partis.”

Et de lancer : “A force, ces contrôles, ça vous pourrit la vie. Et ça va dans une seule logique, qui fait qu’on vous empêche d’entrer en Boîte, ou qu’on vous dit que votre nom pose problème quand vous cherchez un logement.

Un reçu de contrôle d’identité

Mais au delà de l’humiliation subie, le collectif “Contre le contrôle au faciès” dénonce le caractère illégal de ces contrôles. Sarah, militante dans le collectif, explique : “un contrôle doit toujours avoir un motif précis, le contrôle de routine, ça n’existe pas !

S’inspirant de ce qui se fait déjà aux Etats-Unis, en Espagne ou en Grande-Bretagne, le collectif défend la mise en place d’un reçu de contrôle d’identité, qui serait remis systématiquement par les policiers à la personne contrôlée. Et de réclamer une modification de l’article 78.2 du Code pénal, qui encadre le contrôle d’identité, afin de permettre un recours en cas de discrimination : “Les contrôles sont le seul acte de police dont il n’y a aucune trace”, affirme Sarah. “Il faut créer des garde fous pour éviter ces dérives.”

Le collectif a mis en place un numéro auquel toute personne qui estime avoir été contrôlé sans raison objective peut envoyer un SMS. Elle sera rappelée dans les 24 heures, écoutée et conseillée, puis aidée si elle décide de porter plainte. “On va dans les halls d’immeuble, les gymnases, pour informer les gens sur leurs droits, et les faire agir à leur tour. Leur faire comprendre que c pas une fatalité. Surtout, ils ne doivent pas partir sans avoir entré dans leur portable le numéro de téléphone du collectif”, 07.60.19.33.81.

Stop le contrôle au faciès travaille avec le Syndicat des Avocats de France (SAF), afin de monter un dossier solide pour mener en justice une action collective. “Le controle de police est à priori légal, mais les policiers doivent obtenir une une réquisition du procureur, limitée dans le temps et l’espace, ou justifier d’un motif valable”, rappelle Me Maxime Cessieu, président de la commission pénale du SAF.

Si la police remarque quelqu’un qui se prépare à commettre un délit, ou quelqu’un qui vient d’en commettre un, par exemple. Mais un grand nombre de controles se font sans motifs valables et sont purement discriminatoires”, ajoute l’avocat. Pour lui comme pour les membres du collectif, “le texte de loi doit être précisé, pour empêcher ces controles abusifs.” L’équipe d’avocats qu’il coordonne préparent une “vague” de procédures de QPC (questions prioritaires de constitutionnalité), qu’ils soumettront à la cour de cassation.

“Nous avons les armes contre ce système, le contrôle au faciès vit ses dernières heures.”

Dans un coin, Sarah ajoute : “attention, on ne s’attaque pas aux policiers, mais à l’Etat, à l’Institution. Les gouvernements changent, mais le noyau dur reste le même : c’est la loi qu’il faut changer.

Ma lettre au Président – Axiom – 2006

« Charlie » incendié, mais pas mort

02/11/2011

Un amas de cartons, de CD, de journaux, de chaises renversées jonche le sol, devant une façade noircie aux vitres éclatées. A l’intérieur, des murs calcinés, une odeur de plastique brûlé.« J’ai l’impression d’être sur un reportage, pas chez moi, mais manque de pot, c’est bien mon journal”, s’exclame Luz.

Dessinateur à Charlie Hebdo, le journaliste est l’auteur de la Une du jour, une caricature de Mahomet qui, le doigt levé, proclame : “100 coups de fouet si vous n’êtes pas morts de rire !” Ce matin, au réveil, Luz était loin de rire, en apprenant que les locaux parisiens de Charlie Hebdo avaient été dévastés par un incendie criminel. Deux individus auraient été aperçus en train de lancer un cocktail molotov sur la façade du journal, aux alentours de 1h du matin.

“C’est bien pire qu’il y a cinq ans, avant c’étaient les Ambassades qui brûlaient, pas les journaux”, lance Luz, en faisant référence à l’affaire des caricatures, quand le journal était attaqué en justice pour la publication de deux des caricatures de Mahomet du journal Jyllands-Posten. Le procès avait abouti à la relaxe. « Cette fois, on voulait faire dans la dérision. Notre numéro n’était pas provocateur, c’était juste une façon de traiter l’actualité, ici la Charia.”

Luz sourit en se tournant vers le tas de papiers sur le sol : “ce qui est marrant, c’est qu’au milieu de tout ce bazar, il y a des DVD qui racontent l’histoire des caricatures de 2006.” Et de tempérer : “Mais il faut rester prudents, tout laisse à penser à une attaque d’intégristes, mais ça peut très bien être l’oeuvre de deux types bourrés !”

Riss, le directeur de la rédaction, peine à masquer sa peine. “Tout le matériel informatique est hors d’usage, les câbles ont fondu, il n’y a plus d’électricité… Heureusement, nous avons fait des sauvegardes régulières, nos données sont donc sauves. Mais pour l’instant, ce qui nous permet de fabriquer le journal est détruit.” Tôt le matin, vers 5h, le site web du journal a été piraté. La page d’accueil était remplacée par des messages à la gloire de l’islamisme.

“Ceux qui ont fait ça se mettent le doigt dans l’oeil, leur acte n’a servi à rien, ça nous renforce encore plus.”

Autour des journalistes de Charlie Hebdo, rebaptisé “Charia Hebdo” le temps d’un numéro où “les rênes du journal sont laissées à Mahomet”, les télés et radios se pressent, mais aussi les badauds. Tarak, 49 ans, lance à Luz : “Je trouve que la satire et la liberté d’expression, c’est important. On a besoin de gens comme vous dans notre société.” Le franco-tunisien est venu “condamner les extrêmismes” : “Ne vous laissez pas piétiner, continuez. Les musulmans ne doivent pas se sentir insultés, ce que fait Charlie Hebdo, c’est justement défendre l’Islam en dénonçant ceux qui le desservent !”

A Luz qui lui sert la main, Tarak ajoute : “En principe, dans la religion musulmane, on ne peut pas représenter le Prophète. Mais ce n’est pas une raison pour balancer des cocktails molotov.” Mains dans les poches, Charb, le directeur de la publication ne cache pas sa colère. Le dessinateur est encore abasourdi. “A aucun moment, je ne pensais qu’une telle chose puisse arriver en France, c’est la première fois depuis la création de Charlie que le journal est attaqué, et aucun autre journal français n’avait été attaqué jusqu’ici…”

Midi. les policiers décrivent un périmètre de sécurité : Claude Géant, ministre de l’Intérieur, est attendu. “Des menaces, on en avait reçues, remarque Luz, mais on en reçoit régulièrement. Ce qui est assez surprenant, c’est que cette fois, on ne faisait pas de polémique, c’était le numéro ordinaire d’une semaine ordinaire. Les cathos, les musulmans, on les caricature chaque semaine. On pensait que depuis 5 ans, les lignes avaient bougé et que, peut être, à part quelques grincements de dents, on respecterait notre travail satirique, notre liberté de dérision. La liberté de se fendre la gueule, c’est aussi important que la liberté d’expression !”

Près de lui, Thierry, un lecteur venu soutenir “son hebdo préféré”, brandit la Une du journal. “Je suis indigné par ce qui se passe, apparemment on peut tout critiquer, sauf l’intégrisme.” Venu ici après un appel lancé sur Facebook et twitter, il lance : “Ne vous en faites pas, Charlie, des soutiens, vous en avez !”

Entouré par les caméras, Claude Géant fait part de “son indignation” : “tout sera fait pour retrouver les auteurs de cet attentat contre la liberté de la presse et la liberté d’expression. Si certains croient pouvoir imposer leur façon de voir à la République française, ils se trompent et ils seront combattus.”

En dépit des circonstances, les journalistes de Charlie Hebdo ne comptent pas baisser les bras. “ça me donne envie de me marrer encore plus sur le sujet de l’intégrisme religieux, s’exclame Luz. Tout ce que cette attaque fait, c’est me donner encore plus Foi dans le pouvoir satirique du dessin. Si on nous attaque, c’est parce que le dessin garde un vrai pouvoir, il dérange toujours. Mais il ne faut pas faire la gueule, c’est ça qu’ils veulent !”

Tiré à 75 000 exemplaires, “Charia Hebdo” était introuvable en kiosque dès midi. “Mais on va probablement procéder à un nouveau tirage”, garantit Riss. “Tout ça nous pousse à réflechir à notre avenir, mais ça fait 19 ans que Charlie Hebdo existe, et il n’est pas question qu’on arrête.”  Dans un élan de “confraternité”, Libération, mais aussi Rue89 ou Le Nouvel Observateur, ont proposé d’apporter à l’hebdomadaire une aide matérielle.


SDF : maraude au pont des Catalans

02/02/2011

« C’est une horreur. Ils vivent dans une vraie décharge, au bord de l’eau. Si la Garonne monte, ils y passent. La mairie est au courant, mais ne fait rien. Ce sont des laissés pour compte ». Emmitouflée dans son écharpe rouge, Isabelle Bricaud, porte-parole des Enfants de Don Quichotte toulousains, ne cache pas sa colère.

Pont des catalans, mardi soir. Ils sont une vingtaine à être venus, bénévoles, anciens sans-abris, mais aussi élus, pour soutenir le campement installé sous le pont. Deux tentes (pour dix), des matelas à même le sol. Au beau milieu des détritus et des déchets balancés par des personnes peu écolos.
Mardi soir, le froid est de retour. -2 °C. « Ils sont 7, la plus jeune a 20 ans… On ne peut pas les laisser là. » Patricia, des Enfants de Don Quichotte, a collecté des pulls, et a apporté des duvets destinés aux sans-abris du pont des catalans. « Ce sont des gamins qui m’ont donné ces duvets. Ils s’en servent quand ils partent en colo. Heureusement, la solidarité existe encore ! »


L’association d’aide aux démunis et aux mal logés a apporté trois tentes rouges. Des tentes bien familières, puisque ce sont les mêmes qui ont été utilisées en 2006, à Paris au canal Saint-Martin, et dans les allées François Verdier à Toulouse. Sous le pont des catalans, les sans-abris ont installé un réchaud, pour lutter à leur façon contre le froid. « La mairie est au courant de leur situation depuis des mois, constate François Simon, vice-président en charge des solidarités à la région Midi-Pyrénées. La loi est censée garantir un logement pour tous, mais l’Etat ne prend pas ses responsabilités. En tant qu’élus, on n’en peut plus de voir une partie de la population abandonnée ainsi. On accompagnera désormais les associations pendant leurs actions. » L’objectif : étendre ce genre de maraude « élus-citoyens » partout en France. « On en a vraiment marre, là c’est du sérieux. Ce n’est même plus une question de justice sociale. C’est de la justice humaine. »

Bonnet bleu sur le crâne, Cindy fait partie des sept sans-abris qui affrontent le froid, jour et nuit, face à la Garonne. « C’est très dur, surtout pour les plus jeunes, qui n’ont même pas le RSA. On dort serrés les uns contre les autres, mais la nuit, le froid, on le sent quand même. » Tout ce que Cindy et ses compagnons attendent, c’est un terrain provisoire, où planter des tentes, et se reconstruire. En attendant mieux.

Lundi, le 16e rapport sur la situation du logement de la Fondation Abbé Pierre le rappelait : la France compte plus de 10 millions de mal logés. « Il ne faut pas 36 000 réunions pourtant, la solution est simple, s’emporte Cathie, bénévole. Des terrains vacants, elle en a, la mairie. Alors d’accord, la mairie agit, mais il faut souvent la secouer. Quand elle fait quelque chose, c’est après qu’on l’ait interpellée. » Soufflant dans ses mains, Cathie ajoute : « Regardez moi tous ces détritus. Personne ne peut vivre ici, c’est monstrueux. » Un conseiller de la mairie, tout près, rassure : « On va retirer tous ces déchets dès demain. » « C’est pas ça le plus important, relogez ces gens d’abord ! », répond Cathie.

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Trainée de poudres sur la France

05/02/2010

La consommation de cocaïne et d’héroïne continue de s’élargir. En 2005, 300 000 Français ont sniffé ces poudres blanches ou brunes. Et les chiffres augmentent. Mais gare à la psychose. L’usage de ces drogues illicites reste minoritaire.

« Le marché a été envahi. Les prix ont chuté. ». A la Brigade des Stupéfiants de Toulouse, le constat est sans appel. « Aujourd’hui, on peut s’acheter un gramme de coke ou d’héro pour 60 euros », explique Marc Durroux, chef d’enquête. En 1997, un gramme de cocaïne coutait 150 euros. Un gramme d’héroïne, 80 euros. « Depuis 5-6 ans, les pays producteurs de cocaine comme la Colombie ou la Bolivie se concentrent sur l’Europe. Du coup, l’offre est énorme ».

« L’usage de cocaine est de moins en moins rare dans la population, on peut s’en procurer facilement », note l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Car si la consommation de cannabis chute, les drogues dites « dures » sont désormais parmi les plus utilisées utilisées en France. En 2008, 25 000 jeunes âgés de 17 ans ont expérimenté de la « coke ». Un chiffre qui a triplé par rapport à 2001.

Les « Stups » de Toulouse constatent un « retour en force » de l’héroine après une chute de sa consommation dans les années 1990. Le nombre d’interpellations pour usage d’«héro » est en hausse.  Au niveau national, il a triplé entre 2003 et 2008, année où quelque 7830 personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre.

« L’héroine a toujours été là, tempère Guillaume Sudérie, qui gère le Centre d’Information sur les Drogues Midi-Pyrénées. Elle est simplement plus visible ». Longtemps restreintes à un petit cercle d’initiés, ces drogues sortent de leurs cadres de consommation traditionnels et touchent de nouvelles populations. Finie, l’époque où la « coke » était reservée à la « jeunesse dorée ». D’après la Brigade des Stupéfiants, « aujourd’hui, on en trouve même dans les cités, comme Empalot ou le Mirail ». Des quartiers « chauds » au centre de trafics plus ou moins grands, comme celui que Marc Durroux et son équipe ont fait tomber en janvier. Quinze personnes mises en détention, pas loin de 1,5 kilos d’héroine et 500 grammes de cocaine saisis. Les trafiquants s’approvisionnaient en Espagne. Il suffit en effet de 3h de route pour rejoindre Barcelone, où poudres blanches et brunes s’achètent à 30 euros le gramme.

« De plus en plus l’individu lambda »

« Beaucoup de commerciaux prennent de la coke pour lutter contre la fatigue, constate Isabelle Sancerni, addictologue attachée au CHU de Toulouse. Ici, on voit pas mal de salariés d’Airbus. On voit même des patrons d’entreprise. Ils en prennent pour lutter contre le stress ».

« Stups » comme professionnels de la santé font état de consommateurs si différents qu’il serait devenu impossible de dresser un profil-type. Au SRPJ, les policiers parlent de camionneurs, de « gens de la rue », d’étudiants, de jeunes. « C’est de plus en plus l’individu lambda. C’est une drogue festive, mais qui est aussi utilisée pour tenir les cadences du boulot », explique Guillaume Sudérie. « Les fêtards sniffent de la coke parce qu’ils en ont une image positive. Ils ne la considèrent pas comme dangereuse ».

Les nouveaux usagers de drogues « dures » sont jeunes, entre 20 et 35 ans. Ils rejettent l’injection, liée à la figure du « junkie » et préfèrent « sniffer » ou fumer. Pensant ainsi « réduire les risques ». Au centre de soins Addictions Accueil Thérapeutique (AAT), l’éducatrice Anne-Marie Pons constate une augmentation des demandes de prise en charge : « ce sont souvent des jeunes qui consomment de tout ». « Il faut partir du principe qu’un usager de drogue est un polyconsommateur, avertit-elle. Maintenant, un jeune peut fumer un peu de shit, prendre un peu de coke et boire de l’alcool dans la même soirée. » Mais attention à ne pas dramatiser. Le « raz de marée » redouté est à relativiser.

« Il faut se méfier des chiffres, car la consommation est aléatoire », note le capitaine Marc Durroux. « Certes, on ne peut pas nier que le phénomène augmente. Mais il ne concerne que 2% de la population », insiste Guillaume Sudérie. « Pour 11 consommateurs de cannabis, vous n’en trouvez qu’un de cocaine. Et puis, tout le monde ne peut pas se payer un gramme de coke ou d’héro à 60 euros. Le vrai problème, c’est l’alcool, qui concerne 10% de la population ».


Movida : sueur, sport et « zen attitude »

27/01/2010
Petit reportage dans une salle de sports, dans le cadre d’un exercice :

Deux canapés noirs sur lesquels sont posés des coussins rouge vif. Ambiance cosy. Derrière le bar, qui fait aussi office d’accueil, deux brunes, vêtements chics. Difficile de deviner qu’il s’agit de l’entrée d’une salle de sports.

Mais une fois franchi le couloir du fond, bienvenue à Movida, le paradis des sportifs. A droite, quatre hommes courent sur des tapis roulants. En rythme. De façon quasi-militaire. Leur regard est rivé sur une télévision accrochée au mur, qui diffuse des clips musicaux.


Ici, c’est le domaine du cardio-training. La lumière est tamisée. Sur le parquet, une multitude de vélos elliptiques. L’atmosphère est « zen ». Aseptisée, même. Max, cheveux grisonnants, vient cinq fois par semaine. « Il manque quelque chose dans cette salle, ce n’est pas très convivial », glisse-t-il. « Ca fait un peu usine. Pour le moment – il est 14h – on est peu nombreux mais dans une heure, ça va rappliquer », ajoute en souriant ce retraité de 63 ans. « Pour l’ambiance, je préfère en bas ».

En bas, la lumière est vive, éclatante. Les cris résonnent, couvrant la radio qui diffuse les derniers tubes à la mode. Cette pièce souterraine aux murs rouges, c’est la salle de musculation. « Vas-y, pousse ! ». Carole, conseillère sportive, coache Sophie, blonde athlétique, nageuse de haut niveau. Aujourd’hui, elle effectue des séries de tractions à la barre fixe. Le ton est donné. Pas de place pour les sportifs du dimanche, seuls les gens « motivés » descendent ici.

Face à l’un des nombreux miroirs tapissant les murs, Anastase soulève deux althères. « Soixante kilos, en tout, précise-t-il. Je suis un entrainement spécifique, pour la prise de masse ». Avec sa queue de cheval, sa musculature et son air bourru, l’homme impressionne. « Je viens pour m’entretenir et évacuer le stress ». Car au « club », tous sont unanimes : on vient pour se déstresser.

A l’étage, Marguerite termine ses trente minutes de vélo. Jogging beige et baskets noires aux pieds, la jeune femme de 22 ans vient tous les soirs pour « se dépenser ». Sourires. « Après les cours, je viens ici. Ca fait du bien, ça défoule ». Marguerite se dirige vers le rameur. « Après j’irai faire un tour au sauna », ajoute-t-elle.

Des éclats de rire fusent. Carole et Sophie discutent autour d’une table. C’est la pause. « Il y a une bonne ambiance ! Tout le monde se connaît, ici ». Seul Gilles n’est pas emballé. Assis sur un tapis de sol, il constate : « Il y a beaucoup de m’as-tu-vu. Certains ne sont là que pour frimer ». Il se lève. « Moi, je ne viens pas pour m’exhiber ou parler, mais pour faire du sport ».

17h. Les jeunes femmes se succèdent sur les vélos. Les hommes ont disparus. Lorine, 22 ans, vient de s’inscrire. « J’ai rompu avec mon petit-ami. J’ai besoin de me vider la tête ». Alors, elle viendra suer sur les tapis roulants toutes les semaines. Elle niche ses écouteurs dans ses oreilles, et se met à courir. En rythme.

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Isabelle, itinéraire d’une Enfant de Don Quichotte

02/12/2009

« Les gens ont piscine à 17h » La jeune femme sourit, mais la colère est perceptible. « Les gens ne sont pas très solidaires, surtout à Toulouse, ajoute-t-elle, tasse de café à la main. Les associations sont trop frileuses. Je tape un peu dessus, mais quand elles remettent des gens à la rue après les avoir aidés, on ne va quand même pas leur dire bravo ». Soupirs. « Comment peut-on rentrer chez soi et se coucher quand d’autres dorment dans la rue ? »

La trêve hivernale a démarré le 2 novembre. Personne ne peut être expulsé d’un logement jusque fin mars, et le dispositif d’accueil et d’hébergement est renforcé. Mais, pour Isabelle B., c’est insuffisant. « Il y a 48 places d’hébergement supplémentaires, soit 2000 places en Haute-Garonne… Mais on compte 6000 sans-abri. Il y a un problème, lance-t-elle. Quand des SDF meurent dans la rue (22 à Toulouse en 2009) alors qu’il y a des logements vides, je me demande comment on peut en arriver là ». Et d’ajouter : « Il ne devrait pas y avoir de trêve, c’est toute l’année que les gens galèrent. »
D’une générosité sans borne, la jeune femme de 35 ans se remémore son enfance. « Je n’ai pas été malheureuse, même si je vivais dans un taudis, à Paris. » Ses yeux pétillent quand elle se souvient des personnes qui ont forgé sa vie. D’abord, sa grand-mère. Couturière à domicile, elle a connu la « vie dure ». Ce qui ne l’a pas empêché de cacher un jeune juif pendant la Seconde guerre mondiale. « Je lui dois beaucoup. Elle m’a transmise ses valeurs, sa bonté. »

Isabelle, qui a vécu « la galère » enfant, désirait aider à son tour. Après une formation d’éducatrice spécialisée, elle travaille au Samu Social. Sa mission : aller à la rencontre des gens de la rue. Au contact de ces âmes en détresse, son engagement grandit. Elle devient bénévole aux Restos du Cœur, à Paris. Mais son besoin d’aider les autres ne s’en trouve pas comblé pour autant. « Quand j’ai vu Augustin Legrand (fondateur de l’association Les Enfants de Don Quichotte, ndlr), j’ai trouvé que ce qu’il faisait était génial. Son appel m’a parlé. Autant que celui de Coluche autrefois », se souvient-elle.

Un engagement sans failles

Fin janvier 2007, elle retrouve une cinquantaine de personnes, place du Capitole. « A la fin, on n’était plus que cinq pour monter quelque chose », s’esclaffe-t-elle. Allées François-Verdier, elle passe cinq mois avec les gens de la rue. Et Participe, entre autre, à la création d’une antenne toulousaine du Dal (association Droit Au Logement) ; puis envahit le Conseil Général de la Haute-Garonne pour soutenir une famille de mal logés ; et enfin squatte un immeuble inhabité, rue Anatole-France, en janvier 2009.

Hyperactive, grande gueule, Isabelle s’est vite retrouvée affublée d’un surnom. Ses compagnons aux Don Quichotte l’appellent « Mère Té ». En souvenir de Mère Teresa, la religieuse qui consacra son temps aux pauvres. Isabelle ne peut s’empêcher de rire. « C’est sûrement parce que je suis sur le terrain et que je materne tout le monde… Mais je suis loin d’être aussi pieuse ! », s’amuse-t-elle.

Son engagement, la militante ne le considère pas comme un sacrifice. « J’ai beaucoup de chance. Je reçois beaucoup, je fais de belles rencontres. Tout cela m’enrichit personnellement ». L’air pensif, elle se remémore l’ambiance lors du dernier campement, cet été, esplanade Montaigu. « Je me suis fait des amis. C’était très dur, à la fin, de se séparer. Beaucoup sont retournés à la rue. » Mais les liens ne se sont pas rompus pour autant. Tous les jeudis, à 17h30, les Enfants de Don Quichotte et les sans-abris se réunissent, pour discuter, s’entraider. Entre amis.

« Remontée », Isabelle déplore la trop grande inactivité des associations. « A Toulouse, on dirait qu’il n’y a pas vraiment d’envie de faire bouger les choses. Quand je vois que les associations n’appliquent pas la loi Dalo, ça me donne la chaire de poule. » Puis de mentionner la « nuit solidaire pour le logement » qui aura lieu dans toute la France, le 27 novembre. « Partout, sauf à Toulouse », sourit-elle, ironique. « Au lieu d’un moment festif, les associations vont se réunir entre elles sur le pont Saint-Pierre… Pour une marche mortuaire. Ce genre de truc me fout les nerfs. C’est une occasion ratée d’attirer les gens ! »

Mais la jeune femme n’entend pas lâcher son rôle de « Mère Té », même si « les tentes, ça fait sûrement peur, mauvais genre. Nos actions portent leurs fruits. Des SDF sont relogés, la préfecture commence à se secouer. »Sourire. « J’aimerais que ça s’arrête, que l’on n’ai plus besoin de nous. Que ceux qui tombent dans la rue soient tous secourus. Il faut rester déterminés. Croire qu’un jour, les choses changeront. » Un dernier sourire, et Isabelle s’éloigne, enfourchant son vélo jaune. Un autocollant, acheté en Espagne, y est collé. Il représente Don Quichotte, justicier rêveur et idéaliste. Tout un symbole.

Les Enfants de Don Quichotte se réunissent chaque jeudi à 17h30 sur les allées Montaigu, à Toulouse.

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This is it, adieu d’un chanteur éternel

02/12/2009
En juin dernier, s’éteignait Michael Jackson. La mort du « King of Pop » est survenue à la veille d’une tournée qui devait signer le « come back » de l’artiste, son – ultime – retour sur le devant de la scène. Pour enfin faire taire les rumeurs, faire oublier les scandales et les commérages. Les larmes des fans se sont mêlées aux regrets. Car la dernière danse du chanteur promettait un spectacle inoubliable.

Puis, durant l’été, la rumeur a couru. Celle d’un film en préparation. Les images d’un Michael Jackson souriant, en forme, dansant et chantant quelques jours avant sa mort, n’ont pas tardé à être dévoilées. A la curiosité de certains fans s’opposait la crainte d’un coup marketing, d’une « pompe à fric ». Reste que les « places réservées » pour l’avant-première mondiale se sont arrachées comme des petits pains. Et qu’en France, depuis sa sortie officielle, le 28 octobre, le film a enregistré pas moins de 700 000 entrées. Un franc succès, donc. Qu’en est-il du film lui-même ?

Avec « This Is It » (« On y est », comprendre « C’est la fin »), c’est bel et bien un subtil hommage que livre le chorégraphe et ex-directeur artistique du concert initial, Kenny Ortega. A travers les images de répétitions, on perçoit l’ampleur d’un concert qui s’annonçait gigantesque. A la hauteur de la légende Michael Jackson.

Un « MJ » éternel

Ce dernier se révèle tendre, poétique, énergique, perfectionniste. Le spectateur se retrouve, lui, témoin de la création d’un concert. Il découvre le génie d’un artiste hors norme, au sommet de son art. Il le voit, parlant sans cesse de musique, encourageant ses musiciens, s’attardant sur les détails (chorégraphie, notes de musique pas assez hautes, lumières…). Il pourrait presque le toucher, tant l’immersion dans les coulisses du concert est complète.

Mais à l’exaltation qui nous saisit en redécouvrant les tubes de Michael Jackson, à travers un clip 3-D de Thriller ou un duo avec Judith Hill sur I Just Can’t Stop Lovin’ You, s’oppose une question ethique. Devait-on, pouvait-on montrer ce qu’avait imaginé Michael Jackson ? Lui que l’on savait perfectionniste aurait-il accepté que l’on dévoile l’esquisse, le brouillon d’une œuvre qu’il souhaitait parfaite, « pour les fans » ?

A la vue du résultat – un documentaire endiablé et jouissif –, on est prêt à fermer les yeux, et à profiter des dernières images du « Roi de la Pop ». On regrette aussi, une fois le film fini, que le concert n’ait pas eu la chance de voir le jour. Il ne reste qu’une chose à faire : rentrer chez soi, et s’écouter sa chanson préférée de Michael Jackson. Un document précieux à voir. Qui immortalise, une bonne fois pour toute, la star. Après cela, impossible de ne pas dire, comme on le disait autrefois d’Elvis Presley : « Non, il n’est pas mort ».

L’Affaire Salengro

11/04/2009
J’ai eu la chance d’assister à la projection presse du téléfilm « événement » l’Affaire Salengro, qui sera diffusé le 14 avril sur France 2. Un petit commentaire.

Juin 1936. Le Front Populaire de Léon Blum fait face à des grèves très dures qui se multiplient dans toute la France et paralysent l’économie du pays. Un homme va réussir à remettre la France au travail, seul et sans employer la force : Roger Salengro, ministre de l’Intérieur de Léon Blum et principal artisan des accords de Matignon. L’homme des congés payés, de la semaine de quarante heures et des salaires minimaux pour les travailleurs. Le patronat et la droite ne pardonneront jamais à Salengro ces acquis sociaux. Ils montent contre lui une campagne de calomnies d’une extrême violence en l’accusant d’avoir déserté pendant la guerre de 14. C’est un mensonge avéré. Mais le nom de Salengro en restera sali. Il se suicidera en novembre 36.

L’Affaire Salengro est un formidable travail, à la fois de cinéaste, mais aussi de journaliste. Oui, c’est quasiment du travail de journaliste qu’à fait Yves Boisset. Comme dans ses précédents téléfilms historiques (l’Affaire Dreyfus, Ben Barka), il retrace scrupuleusement les faits, jouant aussi sur la corde sensible pour toucher le spectateur, et se fait avocat d’une cause : celle de la démocratie face au fascisme, de la liberté et de la vérité face à la calomnie. Dans ce film, Bernard-Pierre Donnadieu ne « joue » pas Salengro, il « est » l’homme politique.

« Etrangement, alors que de nombreuses rues portent son nom en France, il nous est presque totalement inconnu. J’ai interrogé plusieurs personnes, explique Yves Boisset, et aucune ne pouvait réellement dire qui était Salengro. Certains pensaient qu’il avait été résistant, un autre croyait même que c’était un joueur de foot parce qu’il vivait à côté d’un « Stade Salengro » ! Cela a renforcé mon désir de lui consacrer un téléfilm. Nous vivons encore sur les acquis de ses combats politiques : les congés payés, la semaine de 40 heures et la Sécurité Sociale. Réélu deux fois maire de Lille, nommé ministre de l’intérieur par Léon Blum, il était très aimé des classes populaires. Une campagne de dénigrement a eu raison de cet homme trop candide. Poursuivi par la calomnie, il s’est donné la mort à l’âge de 46 ans, le 18 juillet 1936. Quatre jours plus tard, plus d’un million de personnes assistaient à ses obsèques nationales. C’est ironique, cruel et mélodramatique. »

Tragique, un peu « mélo », le film l’est certainement. On ressort de la projection le coeur noué, mais aussi sonné. Parce que le réalisateur atteint son but, celui de vous donner une bonne gifle. Ca m’a rappellé un peu la fois où j’avais vu la superbe adaptation théâtrale de « Lettres de délation » de André Halimi, par le génial et talentueux François Bourcier. Même gravité dans le ton, même aspect militant, même force de dénonciation. Bref, l’Affaire Salengro est à voir absolument. Salutaire.

A noter que le film a été projeté à l’Assemblée Nationale, fin mars. Le petit discours l’accompagnant, prononcé par Bernard Accoyer, est disponible ICI. J’en citerais un passage en guise de conclusion.

« L’affaire Salengro est marquée par son temps, elle fut le fruit des circonstances particulières, celles en particulier de l’outrance : outrance d’une certaine presse, outrance des mots, des méthodes, des mensonges, outrance des haines et des « idées » ou prétendues telles, portées par certains, partagées par un trop grand nombre. On peut espérer que cette outrance là n’est plus, on peut espérer notre époque plus sage et mesurée. Pour autant, le drame de Roger Salengro, poussé au suicide par l’ignominie de la calomnie, demeure tragiquement éloquent et résonne encore de toute son acuité. »